Dimanche 17 juillet, 21h40 – « Reprendre le dessus »
Mes envies de retour en France se sont calmées. Pas grand-chose d’intéressant cette semaine. Mon entreprise a décidé d’agrandir ses locaux, nouveaux bureaux, nouveaux aménagements sur deux étages, la totale. Si seulement il y avait une petite place pour moi… Bin oui, quitte à rester, autant avoir un travail qui soit le plus intéressant possible. Je ne leur ai toujours pas dit que j’avais l’intention de rester ici, et je n’ai aucune idée de la manière dont je vais leur dire. « Just wanted to let you know that I’ll be staying in Bristol for 6 more months, to find a job or stuff like that. It’d be great if you could hire me. Cheers. Fred. » Par e-mail, bien entendu. Je passe aussi pas mal de temps à ripper les cd qui se trouvent près de la chaîne hi fi direct sur mon iPod (« The magic numbers », du groupe du même nom, est excellent). Jeudi, on décide de sortir, un premier pub, puis l’Elbow Room, ça devient une habitude. Pas moins de six shooters chacun. J’encaisse de mieux en mieux, pour preuve ma sortie de l’établissement sans l’intervention du videur, et la résistance à l’appel de la camionnette. D’autre part, c’est pendant cette soirée que j’ai peut être perdu ma carte d’identité. Je me mets à flipper pendant quelques heures, avant de me rappeler que je l’ai sûrement laissée dans la photocopieuse. J’irai vérifier demain, en espérant vraiment qu’elle y soit encore. Parce que si elle n’y est pas, ça craint. Parce que sans carte d’identité, impossible de revenir en France… pour en faire refaire une nouvelle. Une sorte de cercle vicieux. Je serais alors bloqué ici. Je me ferais faire une carte d’identité anglaise, obtiendrais un numéro de sécurité sociale, ouvrirais un compte bancaire, me mettrais a porter des polos rose et des lunettes de soleil même lorsque le soleil est à peine visible, porterais les écouteurs de mon iPod à l’envers, et m’offrirais une Mini Cooper S. Un début de ce que je devrais faire, en fait. Ou de ce que j’aimerais faire, secrètement… Je me suis réconcilié avec mon banquier, que je n’ai pas rappelé après avoir écouté le message qu’il m’a laissé sur mon portable, me demandant comment j’allais faire pour mettre fin à ce découvert qui dure depuis 39 jours. Je sais pas trop comment, mais j’ai réussi. Alors il doit être content. Moi aussi. Et ça tombe bien, je peux maintenant me permettre des folies au Pound World. Deux bouteilles de gel douche, deux bouteilles de solution buccale, un plat à lasagnes, dix éponges, un rouleur, une peluche éléphant, le tout pour £6. La Mini Cooper S, ce sera pour plus tard.
Beaucoup plus tard.

